10 août 2012

Pourquoi j'ai arrêté la fac ?

 Comme je le disais dans un précédent article : après le lycée, dans un souci de faire plaisir à tout le monde sauf à moi, j'ai naturellement opté pour la fac (ouais, ce truc qui forme des winners qui finiront comme tout le monde : au chômage. J'ai des tas d'exemples dans mon entourage, je ne parle pas pas de cette manière par pessimisme... ou alors juste un peu). Lettres modernes pour être plus précise, parce que comme le prouvait l'argument percutant de mes proches : "mais t'aimes bien lire et écrire !". J'aime manger des frites, et faire des bisous à mon chien, mais je ne vais pas devenir cuisinière et je n'ai pas pour autant le courage d'être vétérinaire... Mais ça, on s'en fiche après tout, ça n'avait pas l'air de compter sur le moment.

 

Lors de la première réunion d'informations à la FAC, je me suis sentie très mal. Ils ont expliqué à quel point il fallait bosser, à quel point ça allait être intense et passionnant, à quel point nous étions faits pour cela. Ils étaient tous très motivants et, bizarrement, pas le genre à sortir "Ecoutez les loulous, on s'en fout de vos tronches, à la fin de l'année, la moitié d'entre vous auront abandonné et moisiront derrière la caisse d'un Shopi". Non, je l'avoue, l'ambiance était au travail, à la culture, à l'amitié, aux bisounours, ça donnait presque envie. Mais, j'ai fait une crise d'angoisse. Je me demandais ce que je fichais là, j'étais au bord des larmes, je voulais partir, et je me sentais d'autant plus mal que j'éprouvais un sentiment de culpabilité très opressant. Je me disais que j'étais teigne de ne pas remercier cette gentille fac de m'avoir accepté sur ses bancs, et que j'étais une enfant indigne d'angoisser alors que mes parents attendaient de moi que j'étudie bien.

Pourquoi voulais-je arrêter, avant même d'avoir commencé ? Parce que je voulais faire autre chose de ma vie, quelque chose que j'aurais choisi par passion, par amour, et non par dépit et gratitude envers mes parents. En sortant de la salle, j'ai appelé ma mère en larmes, la suppliant de me laisser faire ce que j'entendais de ma vie. Je voulais plus précisément être toiletteuse pour chiens. Je voulais bichonner, embellir ces jolies bêtes. Je le veux toujours... mais ma famille est passée par là, m'a dit à quel point c'était idiot avec mes capacités (savoir lire et écrire ?) de vouloir faire ce métier payé des cacahuètes et tout juste fait pour les gens mauvais à l'école. Ils m'ont tellement découragée, que même si j'en rêve encore, je ne l'envisage plus du tout. Cela reste un rêve, et j'y suis à présent habituée.

Pendant plusieurs mois, j'ai assisté aux cours, passé deux heures dans le train tous les jours, tapé du pied les jours de grève de transports, révisé tous mes partiels, fait tous les devoirs demandés. Je n'ai pas fait preuve de mauvaise volonté. J'ai essayé d'aimer cela et de me dire que trois ou cinq ans ne seraient pas si difficiles à tenir. Mais j'ai fini par voir la vérité en face : je pleurais dès que quelqu'un me bousculait, manger des sandwich le midi n'arrivait plus à me motiver à avancer, je ne dormais plus, et ma solitude me pesait. Je n'allais pas bien.

Je me suis fixée une date : à la fin du premier semestre, j'arrêtais. Mon état mental s'était trop rapidement dégradé pour ne jamais s'améliorer, j'avais besoin d'air, besoin d'espoir. J'ai arrêté, pour de vrai. J'ai cherché un travail, et j'ai trouvé des enfants à garder.

Quand mes grands-parents l'ont su, ça a été la catastrophe. Une guerre mondiale aurait fait moins de bruit. Mon grand-père s'est fâché, très fort. Pour lui, je n'étais qu'une gamine capricieuse, bête et ingrate qui enchainait les conneries, je verrais bien plus tard comme je serai dans la merde, en quittant la fac je me mettais en marge de la société, mes parents étaient tellement patients et gentils de supporter mes folies et mes bêtises... J'en passe. Pour la première fois de ma vie, je suis partie de chez eux en claquant la porte, et je ne suis pas revenue pendant plusieurs semaines. Ce qui m'a décidée, c'est ma mère, qui m'a bien fait comprendre que ma mamie était triste, au point d'en pleurer, de ne plus me voir à cause de cette bête engueulade.

J'y suis retournée.

Certes, tout le monde pourra me dire que j'ai agi comme une enfant, comme une personne irresponsable incapable de prendre les bonnes décisions, même les plus difficiles. Mais même si les on-dit me font parfois superficiellement regretter de ne pas avoir fait mes études à la fac, obtenu un master, je me dis que je n'y serai de toute manière pas arrivée sans me mettre à en vouloir à ma famille entière. Car je l'aurais fait pour eux.

Maintenant, j'ai trouvé ma voie. J'aimerais travailler avec les animaux, mais je mesure bien la complexité de la tâche... Les formations sont, ou hors de prix, ou loin de chez moi. A la place, je vais me lancer dans quelque chose que j'aime tout autant : m'occuper d'enfants. Je vais passer mon CAP petite enfance, par correspondance, j'ai prochainement un entretien pour (peut-être) garder une petite fille à la rentrée, je suis motivée à accumuler les boulots... Quand j'aurais obtenu mon diplôme, et que j'aurai un travail qui me rend heureuse, je pourrai enfin leur dire : "Vous voyez... Je vous l'avais dit."

 

[désolée pour l'image, moi ça me fait rire, je suis très très bon public ... ^^]

Posté par JeuneAnecdotique à 18:51 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
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Commentaires sur Pourquoi j'ai arrêté la fac ?

    J'ai vécu la même chose avec la fac de droit.
    J'ai "fait" une année et je suis partie. Mes parents ont bien vu que j'aimais pas ça et que je n'allais pas en cours donc au final ils m'ont laissé faire ce que je veux =)

    Posté par FrenchdollUK, 10 août 2012 à 19:12 | | Répondre
  • La fac, lorsque j'y suis entrée un de mes profs m'a dit : "c'est le droit de glander, mais le devoir de s'en sortir".
    Il faut être ultra motivé pour y arriver ... on est livré à soi-même.
    :-(

    Posté par Mademoiselle S, 11 août 2012 à 00:13 | | Répondre
  • Je viens de vivre la même chose, j'ai arreté il y a un mois. Mais le problème c'est que les parents ne veulent toujours pas que je fasse ce que j'ai envie, c'est à dire m'occuper d'enfants. Auxiliaire de puériculture, nounou,... "Avec les capacités que tu as... gnagnagna".
    Alors je vais surement me relancer dans des études à la fac, sans aucune certitude que cela aboutira.
    Je t'admire d'avoir réussi à faire admettre à tes parents qu'il fallait que tu fasse ce que tu voulais faire.
    Des bisous.

    Posté par Pimouss Rose, 08 février 2013 à 08:46 | | Répondre
  • je vis presque la meme chose :'(( je suis en 1ère année Architecture mais ça me convient pas c'est tellement dure et j'ai pas envie de continuer mes études.. je déprime tout le temps et meme mes résultats sont pas bien.
    j'aimerai bien retrouver le bon chemin ~
    merci pour la publication

    Posté par Mehiou Dziri, 07 février 2014 à 11:31 | | Répondre
  • Moi aussi j'ai arrêté la fac. J'étais en droit, j'aimais bien la matière à proprement parler, enfin tout sauf histoire et sources du droit, matière inintéressante et futile au possible. Les TD, je dois dire que c'étais la misère aussi.
    J'étais malheureuse chaque jour de bosser comme une malade pour donner à des sens qu'on nous avait balancé sans plus de forme, que je devais illustrer dans mes ours, apprendre par coeur, en sentant mon intérêt baisser au fur à mesure que le temps passe.
    Maintenant, je culpabilise d'avoir arrêté, mais je vais me diriger vers des études qui je l'espère me plaisent vraiment ☺
    Merci d'avoir fait cet article, ça fait du bien de ne pas être seule !

    Posté par Koroleva12, 24 janvier 2015 à 19:59 | | Répondre
  • J'ai eu les larmes aux yeux en tombant sur cet article. Tu décris exactement ce que je vis. Je n'aime pas ce que je fais plus que ça. Je l'ai bossé tout le premier semestre en me disant que ça ira, mais ça va pas. Je me sens seule. Je ne peux pas avouer cet "échec" à mes parents. Je ne sais pas vers quoi me diriger; je n'ai plus de rêve, dans le sens où j'ai tout abandonné au fur et à mesure - je suis sans doute trop cynique. Pour moi la fac, c'est pas du concret. C'est pas beau. On te tire vers le bas. On s'isole. Mais je sais pas quoi faire si je ne fais pas ça. Je me dis que je dois au moins continuer jusqu'à la licence (sérieusement, que faire avec une licence LEA ?) pour avoir quelque chose, mais je n'arrive même pas à me motiver pour finir mon 2ème semestre de L1. Merci d'avoir écrit cet article : je me sens moins seule justement.

    Posté par Mari, 03 février 2015 à 13:39 | | Répondre
  • ouf , je ne suis pas seule à me sentir mal en licence , j'ai annoncé à mes parents que je voulais arrété la fac et j'ai eu le droit au même discours "avec tes capacités.." "tu vas le regretté plus tard " "ce n'est que 5 ans après tu seras tranquille" ( je voulais passer le concours de professeurs des écoles )bref j'ai continué , mais mes resultats sont de pire en pire surtout dans les matières que je bosse à fond , il suffit d'une journée pour que mon moral soit à 0 , je me sens seule tout au long de ces journées , je ne suis plus moi même , je pleure , je sèche des semaines pour pas devenir totalement aigri et sans vie .la fac c'est trop compliqué pour moi , les profs sont exigeants , j'ai l'impression que quoi que je fasse c'est pas bien ,et comme je suis plus agée que mes camarade j'ai pas vraiment tissé de lien d'amitié , ça aide pas a être motivée . seulement quoi faire d'autre ?est-ce que je vais pas être aussi déprimée si je fais autre chose? , bref je culpabilise , j'ai l'impression d'être une vraie ratée, merci pour l'article

    Posté par ady, 18 mars 2015 à 17:42 | | Répondre
    • La fac n'est qu'une possibilité parmi des milliers d'autres et ça m'hallucine de voir que beaucoup ont été dans la même situation que moi.
      Tu es ce que tu es, et si un mode de vie ne te correspond pas, ce n'est pas une honte, nous avons tous nos besoins, nos aspirations !
      Tu as une autre idée de ce que tu veux faire? A l'époque je voulais être toiletteuse pour chiens, et même si je ne suis pas du tout dans ce domaine maintenant, je suis heureuse que ce rêve m'ait permis de quitter la fac. Ils étaient tous déçus dans ma famille, aujourd'hui j'ai réussi à entrer à la SNCF en CDI, et ils sont tous fiers de moi. On arrive toujours à trouver le bonheur si on ose faire ce dont on a envie.
      Bon courage à toi!!! :)

      Posté par JeuneAnecdotique, 20 mars 2015 à 10:41 | | Répondre
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